
Sept, huit, neuf : je compte dans ma tête, allongé près d'elle, en espérant que les chiffres vont me sortir de l'anxiété de performance. Rien à faire. Je reste dans un coin de la chambre, à noter mes gestes comme un juge. Ce qui marche pour moi tient en une phrase : donner à l'attention un travail précis dans le corps, au lieu de lui demander de se taire.
Précision d'usage : certains liens de cette page me rapportent une petite commission, sans changer votre prix. Je ne suis ni médecin ni sexologue, juste un homme de 42 ans qui analysait trop ses soirées.
Le mécanisme : un cerveau qui gère un projet sous la couette
Le dialogue intérieur ne lance pas toujours « tu es nul ». Le plus souvent, il pose des questions pratiques. « Est-ce qu'elle remarque que je ne suis pas vraiment là ? » « Faut-il changer de rythme ? » Et en plein baiser, ma liste de courses du lendemain fait son apparition. Freelance, je passe mes journées à anticiper et à tenir des plannings, et ce réflexe ne s'éteint pas avec la lumière.
Mon cœur s'emballait dans ces moments-là, et ma fréquence cardiaque montait sans que le plaisir y soit pour quoi que ce soit. C'était l'agitation de l'anxiété, pas celle du désir. On cherche une détente sexuelle réussie, et on finit par faire de la gestion de projet, ce qui est absurde, un peu pathétique et terriblement commun dans la sexualité masculine.
Cette posture de juge a un nom anglais, le « spectatoring ». Je préfère dire que je jouais au spectateur de mes propres gestes, avec le carnet de notes toujours ouvert.

Que faire quand compter ne suffit pas ?
Compter mentalement ne m'a rien apporté. Un chiffre chasse l'autre, et le juge continue de prendre des notes entre deux nombres. Le compteur n'est qu'une pensée de plus, simplement mieux rangée que les autres.
Julie, une amie qui se méfie par nature des méthodes toutes faites, me l'a résumé un jour sur la place Saint-Aubain : vouloir ne plus penser, c'est comme vouloir s'endormir de force. Plus on court après, plus le sommeil file.
La pleine conscience telle qu'on la résume souvent (observer ses pensées comme des nuages) ajoute une couche de surveillance à quelqu'un qui s'observe déjà en permanence. Ma règle est donc différente : je ne chasse pas les pensées et je ne les regarde pas non plus. Je leur laisse la pièce d'à côté et je donne à l'attention une autre tâche.
C'est en parcourant Le guide du lâcher-prise sexuel que ce cadre s'est précisé. Il ne promet aucune prouesse : il s'attaque à l'obsession de bien faire, avec des exercices de respiration et de présence simples et un ton apaisant, sans jargon. Ses avis plutôt favorables m'ont rassuré, car je n'étais pas le seul, à Namur ou ailleurs, à avoir le cerveau qui surchauffe. Son revers, c'est qu'il demande d'abandonner l'idée d'un résultat rapide, et qu'il contient peu de technique pure, ce qui est voulu.
Donner un travail à l'attention
Voici comment je m'y prends. D'abord, un seul point d'ancrage physique : le mouvement de mes côtes. Elles s'écartent à l'inspiration, elles se resserrent à l'expiration. Rien d'autre, et surtout pas de « je dois me détendre », qui serait un ordre de plus adressé au juge.
Ensuite vient un second ancrage, plus tendre : le point de contact entre ma peau et le drap, ou la peau de l'autre. Après trois inspirations lentes, un léger réchauffement s'installe au milieu de ma poitrine, et c'est ce signal-là que je suis, pas une pensée. Le nerf vague revient souvent dans les articles sur la respiration lente ; je laisse ce sujet aux personnes qualifiées et je m'en tiens à ce que je ressens.
Enfin, la règle du courrier indésirable. Quand une pensée arrive, qu'il s'agisse des courses, d'un tableur ou d'un jugement sur moi-même, je la traite comme un spam : je ne l'ouvre pas et je reviens à mes côtes. Je ne réponds pas à la pensée, et je ne me reproche pas non plus qu'elle soit venue.
Avant de tester tout cela au lit, je le répète en journée, assis à ma table de pin encombrée près de la cuisine, entre deux mails. Quelques respirations, les côtes, rien d'autre. Le geste d'attention existe ainsi déjà quand la soirée arrive, au lieu d'être inventé au moment où le juge est le plus bruyant.

Le lâcher prise mental se juge au retour, pas au silence
Mon critère tient en une question : combien de temps l'attention met-elle à revenir ? Si une pensée passe et que l'attention retourne aux côtes en quelques respirations, l'exercice fonctionne, même si le mental n'a jamais été silencieux. Si je me surprends à me juger d'avoir été parti, c'est ce jugement que je laisse passer, comme les autres.
Un soir, la peau tiède de son épaule contre mon bras a pris toute la place, et il ne restait aucune pensée pour la suite. Voilà à quoi ressemble, chez moi, un exercice qui a tenu, et personne n'avait rien compté.
Quand la tête repart quand même
Ça arrive encore. Après une grosse journée et trois clients mécontents, je traverse le couloir dont le parquet de chêne se plaint à chaque pas, et j'ai l'impression que le tableur m'accompagne jusqu'au lit. Je constate qu'il est là, sans m'en vouloir, et je retourne à mes côtes.
Si la boucle reste forte malgré tout, je n'insiste pas. J'arrête l'exercice et je garde seulement le contact, la main, la peau. Insister reviendrait à repasser l'examen. Et si ces blocages vous causent une réelle souffrance, n'hésitez pas à consulter un professionnel de santé : ce journal partage une expérience, il ne prescrit rien.
Et si l'on veut un cadre plus structuré ?
Certains complètent cette approche mentale par un cadre d'exercices plus posé, comme Maitrisez votre ejaculation en 21 jours. Sa structure est claire et il convient plutôt quand le mental est déjà plus apaisé, mais il demande de la régularité et se concentre sur l'homme seul. Je n'en fais pas mon point de départ : tant que le dialogue intérieur est bruyant, un cadre de plus ne fait que lui donner de quoi s'occuper.
Le vrai chantier, à mes yeux, reste d'apprendre à améliorer ses sensations en leur laissant de la place. C'est un petit geste de bien-être, ici à Namur comme ailleurs : moins de commentaires, plus de contact.
Si vous vous reconnaissez dans le portrait du spectateur, ne cherchez pas à méditer parfaitement. Cherchez le point de contact entre votre corps et le drap, sentez la peau de l'autre, et si une pensée arrive, ne l'ouvrez pas. Revenez à votre souffle.
Pour aller plus loin, vous pouvez jeter un œil au Guide du lâcher-prise sexuel si votre cerveau a besoin d'apprendre à se taire. Il ne m'a pas demandé d'être performant, seulement d'être là.